Les entrepreneurs aussi font des burn-out…

Les entrepreneurs aussi font des burn-out…

Deux, cinq, dix… peut-être même quinze ans… Quinze ans que vous avez choisi de créer votre entreprise. Parti d’une idée, d’une envie d’être en accord avec vos valeurs, d’un besoin d’indépendance… Vous avez jonglé avec les différentes contraintes du métier d’entrepreneur. Vous vous êtes régalés aussi. Votre activité s’est développée et vous avez appris, grandi. Peut-être même que vous avez embauché, levé des fonds. Que votre petite entreprise est devenue aujourd’hui une jolie PME.

Vous avez éventuellement fait le choix de rester indépendant. Vous gérez seul l’ensemble des tâches indispensables au fonctionnement de votre activité.

Bref, vous êtes entrepreneur.

Et depuis quelques temps, vous avez de plus en plus de mal à vous lever le matin. Vous avez l’impression de courir après le temps, vous avez la sensation de manquer d’air et vous n’êtes même plus très sûr de savoir pourquoi vous faites tout ça.

Le burn-out chez les entrepreneurs : une réalité tabou ?

« Syndrome résultant d’un stress chronique au travail qui n’a pas été géré avec succès ». C’est ainsi que l’OMS définit le burn-out.

Désormais mieux étudié et reconnu chez les salariés (selon une étude du cabinet Technologia de 2014, 3,2 millions d’employés, soit 12% de la population active, étaient à “risque de burn-out”. Aujourd’hui, un salarié sur deux présenterait des signes de burn-out), il reste encore largement méconnu chez les entrepreneurs.

Pourtant, les indépendants sont eux aussi largement soumis au stress et au surmenage. Cependant, même si les risques d’épuisement professionnel sont réels, on en entend beaucoup moins parler.

Pour Alexandre Dana, entrepreneur et auteur du livre « Entreprendre et (surtout) être heureux », c’est parce qu’ « on ne met jamais en avant les fragilités des entrepreneurs à succès, mais plutôt leur résilience. Cet état de fait pousse les entrepreneurs à mettre leur bien-être au travail sous le tapis. »

Son livre fait un état des lieux de la souffrance au travail des indépendants et dégage plusieurs causes de burn-out chez les entrepreneurs.

Elles sont différentes de celles rencontrées chez les salariés. En se basant sur les témoignages qu’il a recueillis, Alexandre Dana identifie ainsi six phénomènes récurrents pouvant mener au burn-out : « la peur de l’échec, le syndrome de l’imposteur, la comparaison maladive, l’anxiété récurrente, l’obsession du détail et le traumatisme de l’échec. »

L’entrepreneur : cet être multi-casquettes à haute charge mentale

Être indépendant, c’est la plupart du temps, assumer soi-même l’ensemble des tâches nécessaires au bon fonctionnement de son activité. Il faut ainsi, en plus d’assurer dans son coeur de métier, gérer l’administratif, la partie commerciale et la communication, prospecter, être en veille, anticiper, prévoir, planifier… Avoir une charge mentale au taquet donc, ce qui va générer davantage de stress et d’anxiété.

D’autant que les frontières entre vie professionnelle et vie personnelle sont souvent plus poreuses lorsque l’on est « son propre patron ». Parce qu’il faut générer ses propres revenus, il est difficile de dire non. Par peur de manquer d’activité, un indépendant peut être amené à accepter plus de missions qu’il n’est humainement capable de mener. Pour assurer malgré tout, il va réduire son temps libre et travailler le soir, le week-end, la nuit même parfois…

Progressivement, il risque de perdre tout espace de respiration et d’introspection.

Fréquemment, le stress va finir par se manifester dans son corps. Douleurs récurrentes, fatigue extrême, impossibilité de récupérer, perte d’appétit et, dans le même temps un sentiment intense d’insatisfaction. Mais il lui est impossible de s’arrêter. Il lui est même difficile d’entendre les alertes de son corps ou de ses proches. Il a « une entreprise à faire tourner et c’est la priorité ! ».

S’il est isolé, un entrepreneur indépendant va avoir du mal à trouver du soutien. D’autant que lorsqu’il essaie d’en parler, on lui répond fréquemment qu’il fait partie des chanceux. « Il a le choix lui, il peut organiser son emploi du temps comme il le souhaite, il n’a de compte à rendre à personne… ». Lui renvoyant ainsi, plus ou moins subtilement, qu’il est le seul responsable de son mal-être…

Agir avant l’effondrement

Heureusement, il est possible d’agir et même de prévenir les risques d’épuisement professionnel de l’entrepreneur.

En tant qu’indépendant, faire partie d’un réseau d’entrepreneurs ou d’une Coopérative d’Activités et d’Emploi (CAE), est essentiel.

En effet, échanger avec des personnes qui vivent les mêmes expériences permet bien souvent de désamorcer des situations à risque.

Pour ma part, pour nourrir ma pratique, partager mon expérience et sensibiliser les entrepreneurs je fais partie du CSE (Comité Social et Économique) de ma CAE Kanopé au sein duquel nous avons mis en place une sensibilisation aux risques psycho-sociaux (RPS) entrepreneuriaux. Il s’agit d’une cellule de soutien à laquelle tout entrepreneur peut faire appel en cas de difficultés.

Je remercie ainsi tous les entrepreneurs de la CAE Kanopé ou d’ailleurs, qui ont osé me contacter pour un coaching entrepreneurial. C’est une démarche engageante pour eux. Elle montre non pas ses faiblesses mais ses forces et sa capacité à se dire «  je ne vais pas bien », « je ne peux plus continuer comme ça », « je n’ai plus de bande passante »,  « je sature, j’ai du boulot c’est sûr et en même temps je dors plus… ».

Rappelons que les temps de respiration sont indispensables ! Ils font même partie intégrante d’une activité florissante. Prendre le temps de faire du sport, marcher, pratiquer un loisir qui tient à coeur sont à intégrer dans son planning 😊

Et, évidemment, ne pas faire l’impasse sur les vacances… même si ça peut paraître compliqué et angoissant de déconnecter.

Vous êtes entrepreneur et vous pensez être concerné par ces risques de burn-out ? Si vous souhaitez être accompagné pour faire le point, parvenir à intégrer ces bonnes pratiques au quotidien et surtout garder la tête hors de l’eau, contactez-moi et discutons-en !

Apprendre à danser sous la pluie ou comment (se) ménager* dans un monde incertain

Apprendre à danser sous la pluie ou comment (se) ménager* dans un monde incertain

Nous évoluons aujourd’hui dans un monde caractérisé par son côté volatile, incertain, complexe et ambigu.

Les militaires américains en avait déjà fait un acronyme à la fin de la guerre froide : le VUCA pour Volatility, Uncertainty, Complexity et Ambiguity.

Evoluer dans un monde VUCA…

Nous sommes ainsi constamment soumis à l’incertitude du monde. Et cette incertitude nous apparaît désormais dans toute sa force, autant à titre personnel que professionnel.

Ce n’est pas tant que le monde ait été un temps stable et facile mais plutôt que nous avions, en quelque sorte, l’illusion de (le) maîtriser.

L’enchainement de crises a fait voler en éclats nos certitudes et avec elles le semblant de contrôle que nous avions sur notre environnement.

… et le prendre en compte en entreprise

Désormais, le monde c’est ça : une succession permanente de crises, un brouillard dans lequel il faut apprendre à tâtonner pour évoluer et se développer.

Pour Christel Bisiau et Axèle Lofficial, autrices de « Dépasser la crise – La technique du homard », nous sommes même « au-delà d’une crise VUCA, dans une dimension chaotique ».

Passé ce constat, que faire ?

Et si nous nous inspirions de cette phrase, attribuée (à tort ?!) à Sénèque :

« La vie, ce n’est pas d’attendre que l’orage passe, c’est d’apprendre à danser sous la pluie » ?

S’adapter à une situation inconfortable donc, voire même s’en réjouir. Et, surtout, trouver en nous les ressources pour vivre au mieux un moment à première vue déplaisant.

Dans le même esprit, il y a nécessité, pour les chefs d’entreprise, d’accepter de faire un retour sur eux.

Ainsi, selon Christel Bisiau, pour éviter que les dirigeants ne subissent cette crise trop violemment, ils doivent apprendre à se laisser traverser par leurs émotions. « Si le leader veut avoir un impact sur son environnement, il doit commencer par soi, faire preuve d’écoute, aller regarder sous le tapis ce qui ne fonctionne pas, accepter l’incertitude » analyse-t-elle dans une interview des Échos Entrepreneurs.

Accepter que l’on ne peut pas tout contrôler est un premier pas.

Passer du contrôle à la confiance, un passage obligé.

D’autant que les risques d’épuisement des dirigeants sont importants. Depuis plus de deux ans, ils gèrent des situation de crises qui s’enchaînent les unes derrière les autres. Pour Axèle Lofficial, les dirigeants doivent donc « s’accorder du temps pour se ressourcer et se confronter à d’autres visions du monde. »

Dans un monde VUCA, nous avons tout à gagner à apprivoiser notre intériorité pour parvenir à composer avec l’instabilité.

Humilité, écoute, créativité, intelligence collective sont à favoriser pour faire preuve d’agilité dans un monde imprévisible.

Minouche Safik, directrice de la London School of Economics l’avait déjà parfaitement résumé en 2018 quand elle affirmait : « In the past jobs were about muscles, now they’re about brains, but in future they’ll be about the heart. ».

En effet, si hier les emplois mobilisaient les muscles, aujourd’hui ils mobilisent les cerveaux et demain ils mobiliseront sans aucun doute le coeur…

Rappelons nous d’ailleurs que, derrière le mot crise, étymologiquement parlant, se profile la question des choix et des opportunités.

Alors, prêts à danser sous la pluie plutôt que d’essayer vainement de passer entre les gouttes ?

Parlons-en et travaillons ensemble pour évoluer au mieux dans un monde VUCA 😊

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* « Management », nous dit Le Dictionnaire Robert historique de la langue française, vient de « ménagement », et le verbe « manager » de « ménager ». Le dictionnaire Larousse nous dit que le ménagement est « la mesure, la modération dans sa conduite à l’égard des autres » et donne cinq définitions de « ménager » Cf. article « Les mots du management : et si on faisait le ménage ? »